ATELIER ERA SENT JOAN
Les rituels et les sons de la fête de Saint Jean
Animé par Mathieu Fauré et Marco Farré-Barthe
1er juin 2026
Orgibet (Ariège)
Une initiative d’Eth Ostau Comengés dans le cadre de Total Festum / Festival Tramontana, cofinancée par le programme Europe Créative de l’Union européenne.
La nuit de la Saint-Jean — Era Sent Joan — revêt un caractère unique dans les vallées pyrénéennes du Comminges et de la Barousse. Classé au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, ce rituel du feu est indissociable d’un paysage sonore sauvage et ancestral.
L’atelier Era Sent Joan, organisé par Eth Ostau Comengés, a abordé les aspects suivants de la fête :
Le cœur du rituel repose sur la construction du mât de feu, appelé brandon (ou haro). Érigé des mois à l’avance sur la place du village ou une crête, sa fabrication varie subtilement d’une communauté à l’autre. Ce mât vertical devient le phare autour duquel le village se rassemble pour célébrer le solstice d’été.
Avant que le feu ne crépite, les enfants et les bergers préparent l’ambiance sonore en fabriquant des instruments éphémères tirés de la flore locale. À l’aide de tiges de sureau évidées, de cannes ou de simples feuilles de lierre glissées entre les lèvres, on confectionne des sifflets végétaux.
Lorsque le soleil décline, le paysage s’emplit de vibrations graves et profondes. C’est le moment où résonnent les cornes de brume et les cornes de bovidés (las dornas). Traditionnellement utilisées par les bergers pour communiquer d’une vallée à l’autre ou guider les troupeaux dans le brouillard, ces cornes sont nettoyées, percées à leur extrémité et parfois munies d’une embouchure en bois. Leurs sons puissants et gutturaux percent la nuit pour annoncer le début des festivités et chasser, selon les croyances anciennes, les mauvais esprits des sommets.
Plus surprenant encore au cœur des montagnes, l’usage des grands coquillages marins — les conques (eths couquiles ou mactres) — est un élément sonore central de Era Sent Joan. Introduits il y a des siècles par le biais des transhumances et des échanges avec les zones côtières, ces tritons ou cassides sacrés demandent un souffle puissant. Le son produit est une plainte longue, solennelle et incroyablement portante, qui résonne contre les parois rocheuses des vallées de la Barousse. Ce dialogue entre le coquillage marin et la montagne confère au rituel une dimension presque mystique.
Quand vient minuit, le mât de feu est enfin allumé. Le crépitement du bois sec et les explosions des poches de résine se mêlent alors au vacarme joyeux des villageois. Les sifflets de plantes rivalisent avec les mugissements des cornes et le chant des conques, créant une véritable cacophonie rituelle. Autour du brandon qui se consume, les chants polyphoniques occitans s’élèvent, et les jeunes sautent par-dessus les braises mourantes.