ENQUÊTE DE TERRAIN
Lëpushë, Budaçe et Vermosh
Kelmend (Alpes albanaises)

Une activité menée par GO2 Albania dans le cadre du Réseau Tramontana, projet Europe Créative cofinancé par l’Union européenne.

La vie en montagne n’a jamais été facile. Moins encore pour l’ancienne génération, celle des soixante-dix à quatre-vingt-dix ans, qui est née et a passé toute sa vie dans les villages profonds et isolés des Alpes albanaises, où le temps s’écoulait bien trop lentement par rapport au reste du monde. Même si elle peut sembler sans limites depuis les crêtes, les premières à recevoir le baiser du soleil, la vraie vie de ces gens était confinée aux gorges des vallées où ils avaient choisi de bâtir leurs maisons.

Pendant la plus grande partie de l’année, leur vie tournait autour de la maison, de la terre, de l’eau et du bétail ; pendant les trois ou quatre mois chauds, elle se partageait, comme les familles : la plupart en montagne, pour faire paître les troupeaux, les autres dans les vallées, où la maison et la terre demandaient des soins quotidiens.

Telle était la vie des montagnards de Lëpushë, Budaçe et Vermosh, les trois nouveaux établissements du Kelmend, dans la partie occidentale des Alpes albanaises. Venus respectivement des villages « mères », Vukli, Nikçi – Broja et Selca, ces nouveaux montagnards ont perpétué les vieux rituels de leurs ancêtres, mais avec l’espoir d’une vie meilleure, car il y avait ici davantage de possibilités.

Ces possibilités tenaient à deux éléments vitaux : la terre et l’eau. Le reste dépendait d’eux, et c’était le travail. Un labeur quotidien et obstiné pour défricher un bout de terre, amener l’eau de la source ou du ruisseau, accroître le troupeau.
C’était le quotidien de ces générations dans les nouveaux établissements, qui, il y a 35 ans encore, grouillaient de monde. Maintenant que les conditions de vie ont changé au-delà de l’imaginable, il leur reste à vivre des souvenirs de ce temps qui, malgré les épreuves, demeure un temps heureux.

Les témoignages des personnes que l’on voit sur les photographies, centrés sur les usages de l’eau, l’élevage et la migration en montagne, ainsi que sur les rituels de la vie quotidienne, ont été enregistrés en audio et en vidéo afin de préserver leur mémoire. Dans le cadre du travail de laboratoire, ils seront en outre catalogués avec leurs métadonnées et intégrés à l’inventaire des histoires orales recueillies par GO2Albania au cours de dix années d’engagement dans la documentation du patrimoine culturel, matériel et spirituel, des Alpes albanaises. Une partie des enregistrements rejoindra également les archives numériques créées par le projet Réseau Tramontana.